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Les opinions du Président de la Commission du logement

M. Hugues Hiltpold, député radical au Grand Conseil, Président de la Commission du logement et architecte, nous a accordé un entretien exclusif. L’accord sur le logement, l’initiative de l’Asloca, les problèmes du CEVA, le développement du quartier Praille-Acacias et les futurs projets immobiliers du canton sont autant de sujets qu’il aborde de front.

Les quatre piliers de l’accord sur le logement

e-mmobilier.ch: L’accord sur le logement signé en décembre dernier repose sur quatre piliers. Pouvez-vous nous les expliquer en commençant par le premier qui stipule que le taux de logements d’utilité publique doit s’élever à 15% du parc locatif du canton?

H.Hiltpold: Ce chiffre de 15% revient à dire, aussi bien pour la gauche que pour la droite, qu’il est nécessaire de construire des logements à caractère social. En clair, il s’agit de construire des logements accessibles aux personnes qui ne gagnent pas beaucoup d’argent. Tout le monde était d’accord sur le fait que ce type de logements est nécessaire. Les avis divergeaient sur deux points : d’une part sur la proportion de logements sociaux, d’autre part sur la comptabilisation des logements existants dans le décompte total pour l’établissement du taux de 15%.

Pour certains, construire des logements subventionnés n’incite pas les catégories sociales qui en bénéficient à vouloir sortir de leur précarité financière. Or, le recours à ce type de logements ne devrait être que provisoire car chacun tend à l’amélioration de son niveau de vie, donc à l’amélioration de son habitat. Pour d’autres, il ne s’agit que de la triste situation de nombre de familles, et même si le principe d’amélioration des conditions se conçoit, certains n’y parviennent pas. Il faut donc garantir un minimum de logements sociaux. Le taux de 15%, auquel nous sommes parvenus après une large consultation, semble le plus raisonnable et le plus abordable.

Comment devions-nous compter les immeubles existants qui n’étaient pas considérés comme des immeubles à caractère social, car il sont soumis au régime du loyer libre, mais qui de fait en sont? Prenons comme exemple les Tours de Carouge : les loyers n’y sont pas contrôlés. Les Tours ne peuvent donc pas être considérées comme du logement social et n’entrent pas dans le décompte final des logements sociaux. Alors qu’en réalité, c’est un logement à caractère social car la Fondation HLM de la ville de Carouge n’octroie ces appartements qu’à des gens ayant des revenus modestes.

e-mmobilier.ch: Le second pilier sur lequel repose l’accord prévoit l’assouplissement des contraintes en zone de développement. C’est-à-dire?

H.Hiltpold: Vous avez certains secteurs de villas qui sont appelés à évoluer. Il faut donner une impulsion pour qu’il soit possible de construire autre chose que des villas. Il s’agit d’opérer un déclassement exactement comme pour des zones agricoles.

e-mmobilier.ch: Le troisième point de l’accord concerne le développement de la propriété individuelle et de la coopérative. Quels sont les problèmes qui y sont liés?

H.Hiltpold: La principale question concerne la proportion de types de logements que l’on souhaite construire lors du déclassement de terrains en zone agricole ou en zone constructible. Il y a une pratique qui veut que les 2/3 des logements réalisés soient des HLM ou des HBM et le tiers restant du locatif libre ou de la coopérative. C’est tellement contraignant que les opérations ne se réalisent pas. Il faut donc être plus souple sur la proportion. Le second point porte sur les raisons de cette contrainte. Ne faudrait-il pas mieux tenir compte de la réalité du marché et de ses tendances qui fonctionnent souvent par périodes et par secteurs.

Typiquement, nous rencontrons à Genève une forte demande pour l’achat d’appartements. Or, cette demande ne peut pas être comblée car, quand on déclasse des terrains, la règle des 2/3 de logements sociaux vous est imposée. Il est important pour le moment de créer des logements à loyers libres complétés par des logements sociaux. Il faut également favoriser la coopérative qui est une autre forme de copropriété.

L’ensemble des logements se découperait en ces quatre éléments cités, dans des proportions qui pourraient évoluer en fonction des besoins. Les types ne sont pas complètement étanches. (…)

e-mmobilier.ch: L’accord, en quatrième lieu, parle du maintien de l’aide personnalisée. Qu’en était-il avant?

H.Hiltpold: On était dans un système d’aide à la pierre : on subventionnait le logement. La personne devait respecter des conditions d’entrée pour accéder à un logement. L’avantage de subventionner la personne est que, si demain celle-ci quitte son appartement, la subvention n’est pas liée à la construction. Cela tient davantage compte d’une spécificité propre à la personne et lui permet de déménager plus facilement. Dans l’ancien système, le surcoût du nouveau loyer lié au changement de domicile empêchait la mobilité. Le locataire n’était pas incité à déménager alors que dans le cas d’une aide personnalisée, il est plus enclin à changer de lieu.

e-mmobilier.ch: Cet accord sur le logement est donc un grand pas pour sortir Genève de la pénurie?

H.Hiltpold : J’en ai l’intime conviction. La seule inconnue maintenant est l’initiative que vient de lancer l’Asloca. Je ne la connais pas dans les détails car l’Asloca a été assez discrète sur son contenu, mais celle-ci demande une plus grande étatisation du sol. L’Etat devrait investir davantage pour réaliser des acquisitions foncières. L’Asloca ne respecte pas ses engagements dans la mesure où elle était partie prenante de cet accord au travers du Rassemblement pour une Politique Sociale du logement (RPSL), dont elle fait partie.

e-mmobilier.ch: Selon vous, pourquoi l’Asloca lance-t-elle une telle initiative?

H.Hiltpold: A mes yeux, c’est un peu de l’électoralisme pour certains membres de son comité! Tout le monde s’est mis d’accord quant à la conclusion de cet accord sur le logement. Les parlementaires y ont travaillé assidûment. On a tous retiré nos projets, de gauche à droite, durant ce laps de temps pour permettre l’émergence de quelque chose de nouveau et puis l’Asloca lance cette initiative alors qu’elle était partie prenante de l’accord! (…)

CEVA: «A Carouge… des maladresses ont été commises»

Plan du CEVA

e-mmobilier.ch: Passons, si vous le voulez bien, à des questions qui touchent l’aménagement du territoire en commençant par la plus discutée. Quelle est votre opinion sur le CEVA?

H.Hiltpold: Sur le principe je suis convaincu de sa nécessité. Si Genève veut poursuivre sa croissance, elle doit avoir un réseau d’infrastructure ferroviaire qui passe obligatoirement par un réseau secondaire, le tram, et par un réseau primaire, les CFF et le RER. C’est une bonne chose! Il faut seulement s’assurer que nos amis français joueront le jeu, mais je suis sûr que, lorsque les rails s’arrêteront à la frontière, le dernier tronçon à Annemasse se réalisera rapidement. Sur le principe j’y suis donc extrêmement favorable. Mais, sur la mise en œuvre du dossier, j’ai quelques réticences. On a l’impression qu’à Carouge, commune que je connais bien, des maladresses ont été commises qui peuvent expliquer le dépôt de l’initiative.

Le CEVA entre en souterrain au bord du stade de la Praille, ressort vers le bureau des autos, passe en aérien au-dessus de la route de Veyrier. Pour Carouge, c’est une meurtrissure. Il a été proposé de continuer en souterrain jusqu’aux falaises de Champel et de rajouter 4m de plus aux ascenseurs qui doivent de toute manière être montés.

e-mmobilier.ch: Pourquoi cette proposition a-t-elle été refusée?

H.Hiltpold: Selon l’explication officielle, il a été dit que cela allait dénaturer la nappe phréatique en dessous et qu’il y avait un problème au niveau de la courbure des rails. Il faut dire que la façon dont le projet a été mis en place peut prêter à discussion. Aucune étude d’impact n’a été réalisée. D’habitude, tous les éléments à prendre en considération doivent être consignés dans un rapport pour permettre d’analyser la faisabilité du projet, ce qui n’a pas été le cas dans le projet du CEVA. M. Cramer a voulu aller très vite dans la réalisation pour des questions politiques. Il a brûlé les étapes et aurait dû faire cette étude d’impact. Quand il s’agit de gros dossiers, il est important d’être extrêmement précis. Ca n’a pas été le cas pour le CEVA, ce que je trouve navrant. (…)

e-mmobilier.ch: Comment comprenez –vous l’initiative anti-CEVA?

H.Hiltpold: Une initiative est l’acte citoyen le plus fort que puisse faire le peuple. Il faut donc la prendre au sérieux. Il y a 16’000 personnes qui ont signé cette initiative, soit autant de personnes qui sont préoccupées. Je ne l’ai pas lue dans les détails mais elle pourrait être invalidée en raison de sa forme de rédaction. Le Grand Conseil va statuer sur sa recevabilité et, selon le résultat quant au fond, présenter éventuellement un contre-projet. Il faut se rendre compte que le peuple n’a pas été consulté sur l’investissement à consentir pas plus que sur le bien-fondé de cette infrastructure. On parle de 950 millions, dont près de la moitié à la charge du canton ; cela va laisser inévitablement une trace dans les finances et dans le territoire. Je pense qu’il est normal que le peuple puisse donner son avis, comme pour la traversée de la Rade. (…)

Manhattan à Genève?

e-mmobilier.ch: Toujours dans les grands projets genevois, est-ce que les Acacias ont une chance de devenir un petit Manhattan?

H.Hiltpold: Les Acacias sont le secteur de Genève appelé au plus grand développement dans les années à venir. Il a fallu l’arrivée de quelques entreprises pour que le quartier se dynamise complètement. Parce que ce quartier est proche du centre et d’infrastructures routières, du tram et bientôt du CEVA, il est devenu un point stratégique. Sa réserve de territoire est énorme et les industries pourraient quitter cet endroit pour des zones plus éloignées du centre. C’est donc un quartier qui est appelé à se développer.

e-mmobilier.ch: Est-ce que des tours vont y faire leur apparition?

H.Hiltpold: Peut-être, mais les tours doivent être limitées à une utilisation administrative, pas pour des habitations. D’ailleurs, je perçois la tour comme un élément symbolique marquant le développement d’une région. Une tour symbolise un quartier. S’il y a deux ou trois tours à la Praille, pourquoi pas? Je ne crois pourtant pas à la nécessité absolue d’une densification par le biais de tours. Je pense qu’il y a un potentiel de développement qui doit être fait sur 20 à 30 ans avec un besoin interne de X mètres carrés de bureaux. Fort de ce cahier des charges, on détermine la densité et de fait la hauteur des bâtiments.

Les nouveaux projets cantonaux

e-mmobilier.ch: Dernière question, pouvez-vous nous dire ce qui se prépare au niveau du législatif cantonal?

H.Hiltpold: Tout ce qui concerne la définition de la zone industrielle et de ce qui doit en faire partie ou pas. Par exemple, les surfaces commerciales ne peuvent pas aller dans les zones industrielles ou artisanales. Le législatif va devoir s’interroger sur ce qu’on peut mettre dans ces zones et ce qui doit en être proscrit. Certains partis politiques ont proposé notamment de pouvoir faire du logement dans les zones industrielles. J’y suis opposé car la cohabitation de gros camions et de poussettes n’est pas idéale. Je suis par contre favorable à la création de nouvelles zones industrielles, car elles correspondent à un besoin réel. Les contradictions relatives aux zones industrielles dénotent d’une véritable préoccupation de leur gestion. Il faut s’interroger sur leur développement et sur leurs emplacements. Ceci va aller de pair avec le concours Genève 2020 de la Praille. Il va falloir se poser la question de comment et où déclasser. C’est un très gros travail. Philosophiquement, il faut se demander si l’industrie doit rester au centre ville ou partir à sa périphérie. Je pense que le développement de cette partie du territoire est suffisamment important et surtout porteur pour les décennies à venir pour qu’on le fasse avec le sérieux nécessaire.

Les Communaux d’Ambilly L’autre grand projet concerne les Communaux d’Ambilly, vers Thônex. Il y a un projet de déclassement. C’est là que le politique entre en jeu. Il pourrait s’y construire plusieurs milliers de logements, le nombre définitif faisant l’objet d’arbitrages politiques. Certains considèrent que c’est trop, d’autres trop peu! Doit-on construire des HLM, des HM, des coopératives ou de la PPE? Il s’agirait, ni plus, ni moins de construire une nouvelle petite ville aux portes de Genève. Voilà pour nos prochains travaux.